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Constitution du corpus

Entretiens oraux de l'Association Georges Pompidou 

À l'origine, le programme a été créé pour combler les lacunes des archives papiers, détruites ou emportées, sur les années Georges Pompidou. Il s'agissait donc d'interroger tous les proches, et tous les acteurs du pouvoir de la période pendant laquelle il fut Premier ministre de 1962 à 1968 puis Président de la République de 1969 à 1974. Immédiatement, il a toutefois semblé nécessaire de le compléter par ses années de formation afin de comprendre non seulement l'ascension du personnage et la nature de ses relations avec le Général, mais aussi de cerner ses différents réseaux, la plupart se nouant avant 1962.

Par conséquent, le corpus, à la différence de ceux du Comité pour l'Histoire Économique et Financière de la France (CHEFF), du ministère de la Culture, de l'EDF ou encore de l'Institut National de Recherche Pédagogique (INRP) n'est fondé ni sur une fonction ni sur une formation. Il n'est pas non plus défini par une appartenance idéologique et une pratique militante données comme les enquêtes orales réalisées pour le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, dit Maitron (qui ne conservent pas d'archives orales). Il est, à l'instar de celui de l'Institut Charles de Gaulle, centré sur un homme d'État.

La vocation du programme n'est nullement hagiographique comme le prouve le recrutement des chercheurs qui en ont la charge, puisqu'il s'agit d'enseignants-chercheurs mis à disposition par l'Éducation Nationale et aux centres d'intérêt divers. De ce fait, un tel corpus est conçu en cercles radioconcentriques :

  • en partant des proches de Georges Pompidou (intimes, amis, collaborateurs du cabinet...), en passant par les différents échelons de l'exécutif et du législatif (Premiers ministres, ministres, secrétaires d'État, secrétaires généraux du gouvernement, chargés de mission et conseillers techniques, parlementaires, hauts fonctionnaires...);
  • du mouvement gaulliste (secrétaires généraux du RPF, de l'UNR puis de l'UDR), vers les acteurs des décisions (tel président de la Banque de France) ou les partenaires sociaux (tel secrétaire général de syndicat, comme A. Bergeron).
  • Il a fallu également tenir compte du travail sur l'image que tout homme d'État produit en interrogeant ses attachés de presse (comme S. Servais) et les journalistes (comme J. Ferniot).

En outre, les colloques organisés par l'Association déterminent de nouveaux champs d'investigation. Le colloque «Culture et action chez Georges Pompidou» a conduit les chercheurs à s'interroger sur la politique culturelle du Premier ministre devenu Président et a interroger des acteurs et témoins de la politique culturelle (comme M. Druon). Sous l'impulsion du colloque «Un politique : Georges Pompidou» de novembre 1999, ses relations avec les forces politiques d'opposition et les représentations que celles-ci se faisaient de lui ont également été étudiées afin de compléter les informations politiques déjà recueillies (exemples : M. Faure, P. Mauroy). Les récents colloques sur «Georges Pompidou face à la mutation économique de l'Occident, 1969-1974» et sur «Action et pensée sociales chez Georges Pompidou» ont contribué à l'enrichissement du programme par des entretiens plus économiques (exemples : B. Esambert, F.-X. Ortoli) et plus sociaux (exemples : J. Duport, F. Lavondès).

Mais la personnalité de l'homme d'État intervient aussi et contribue à la coloration générale de l'ensemble par des apports originaux. Georges Pompidou était un ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, un enseignant, un homme de lettres et de culture. Le corpus doit comprendre des condisciples, des collègues (comme P. Guiral), des anciens élèves (commeC. Ducreux), des intellectuels (comme J. Gracq), des galeristes, des artistes... Georges Pompidou fut aussi directeus de la Banque Rothschild de 1953 à 1958 puis de 1959 à 1962. Des banquiers, des hommes d'affaires, des industriels figurent donc dans les listes indépendamment même de la politique économique qu'il mena par la suite. De la sorte, le corpus est très diversifié.

Les limites chronologiques du programme sont obligatoirement celles de la vie de Georges Pompidou, soit 1911 à 1974. L'Entre-deux-guerres, la Guerre et la Libération, même s'ils ne constituent pas l'essentiel des questionnaires, ne sont pas négligés, bien au contraire. Ils sont indispensables à la compréhension de la personnalité de Georges Pompidou, de son ascension, et de la constitution de ses réseaux.